Résultats Enquête Nationale : Impact de la Crise sur les Stratégies de Décarbonisation des entreprises


Dans le cadre d’une enquête nationale sur l’impact du COVID-19 sur la stratégie de décarbonisation des entreprises, Orygeen a soumis, en juin, un questionnaire à un échantillon d’une centaine d’entreprises françaises. Nous vous livrons les résultats et notre analyse.

L’échantillon interrogé a notamment répondu aux questions suivantes :

  • Comment la crise sanitaire actuelle impacte-t-elle votre stratégie en matière de lutte contre le changement climatique ? 
  • S’il n’y en avait qu’une, quelle action liée à l’énergie et induisant la baisse de votre empreinte CO mettriez-vous en œuvre sur la seconde moitié de 2020 ? 
  • Quels projets, toujours liés à l’énergie, pensez-vous reporter à 2021, voire suspendre ? 

Les entreprises interrogées viennent de tous les secteurs : chimie et pharmacie, services publics, presse, agro-alimentaire, luxe, cosmétique, plasturgie, textile, BTP… et sont de toutes tailles, de la TPE et PME aux ETI et grands groupes multinationaux. 

Orygeen vous propose son analyse des réponses collectées.

Des stratégies de décarbonisation inchangées sur le long terme

Impact sur la stratégie de décarbonisation
Figure 1 : Impact sur la stratégie de décarbonisation

Comme l’indique le graphe ci-dessus, l’enquête révèle que la majorité des entreprises n’ont pas décidé à chaud de modifier leurs ambitions en termes de décarbonisation. On compte 81% de l’échantillon ne souhaitant pas changer leur feuille de route CO2. 7% souhaitent même accélérer leur transition vers des activités décarbonisées, un chiffre qui pourrait augmenter avec le recul des mois à venir sur l’importance de la lutte contre le changement climatique et que nous réévalueront fin 2020. 

Ces résultats sont d’autant plus marquants pour les entreprises de l’agroalimentaire puisque presque 9 industriels sur 10 maintiennent leur stratégie de décarbonisation. L’industrie agroalimentaire qui a continué à produire pendant le confinement, mais a vu ses marges réduites par une modification des mix produits (moins de volume dans le haut de gamme), semble être déterminée à montrer l’exemple et à maintenir ses projets bas carbone. 

Il faut noter par ailleurs qu’une grande partie des entreprises qui maintiennent leur cap ont fermé totalement ou maintenu une activité partielle durant ses derniers mois.

Dans tous les cas, le COVID a eu un impact plus ou moins significatifs sur les coûts, notamment dû à la mise en conformité pour revenir dans des conditions sanitaires acceptables (marquage, masque), mais surtout sur le chiffre d’affaires. 

Il est donc très encourageant de noter que malgré ces difficultés, les entreprises ne changent pas leur cap et maintiennent leur volonté d’agir. Leurs objectifs étant généralement définis sur le long terme (2025-2030), une crise conjoncturelle ne perturbe pour l’instant pas les industriels. L’incitation à une relance verte des pouvoirs publics, les nouvelles normes réglementaires et les enjeux d’images motivent également les entreprises à garder ou mettre en place une stratégie et des projets visant à réduire leurs impacts environnementaux.

Parmi les 13% d’entreprises qui ont dit ralentir la mise en œuvre d’actions environnementales, près de 50% sont des PME. En ces temps incertains, les entreprises de plus petite taille, plus sensibles aux conjonctures économiques peuvent être amenées à revoir leur priorité.

Très peu de visibilité à court terme

Projets 2nde moitié 2020
Figure 2 : Projets 2nde moitié 2020
Figure 3 : Projets 2021

Les réponses collectées soulignent que la moitié de l’échantillon n’a que peu de visibilité sur les projets à mettre en œuvre dans les mois et l’année à venir. Bien que les entreprises maintiennent leurs ambitions, une bonne partie d’entre elles n’ont pas encore de plans d’action concrets sur les années à venir. Certaines d’entre elles (14%) ont une idée des leviers sur lesquels elles peuvent et vont agir, mais elles ne savent pas comment et quand elles le feront.

Une moitié des entreprises ont mis ou vont mettre en place des mesures concrètes d’amélioration de leur efficacité énergétique ou de décarbonisation de leurs activités en 2020. Malgré un fort manque de visibilité, nos interlocuteurs considèrent que la transition énergétique reste un sujet d’actualité sur la seconde partie de l’année, et s’appuient sur les projets déjà engagés pour conserver une dynamique. 

Pour l’année 2021, la figure 2 montre que l’incertitude s’accentue. Seulement 25% des répondants, en grande majorité des grandes entreprises, ont des projets concrets pour l’année à venir. Les autres entreprises déclarent qu’elles vont agir pour baisser leurs émissions de CO2, mais ne savent pas quels projets vont pouvoir être mis en œuvre et les échéances associées. 

L’impact du COVID sur la capacité d’investissement de leurs entreprises constitue un frein potentiel pour les années à venir, selon 14 % des répondants. Bien qu’ils ne puissent pas quantifier ni qualifier l’impact de la crise économique en durée et profondeur, ils pressentent des impacts négatifs sur la mise en œuvre de projet de réduction des émissions de CO² en 2021.

Types de projets mis en place

Figure 4 : Type de levier

Sur l’échantillon d’entreprises qui sont prêtes à mettre en œuvre des projets concrets, nous avons identifié cinq types de leviers auxquels elles ont recours en priorité : deux leviers d’optimisation technique liés directement à l’énergie (transformation du mix énergétique et efficacité énergétique), un levier lié à une activité génératrice d’émissions (mobilité/transport), et deux leviers méthodologiques (audit/diagnostic et management de l’énergie).

34% des industriels interrogés citent des projets liés à la transformation du mix énergétique. Dans ce levier sont incluses l’installation de panneaux photovoltaïques et la contractualisation de Power Purchase Agreement (PPA). L’échantillon révèle que ce sont les grandes entreprises et les ETI qui ont le plus recours à cette stratégie. Elles représentent en effet 75% des sociétés à mettre en place cette action. Cette corrélation entre taille de l’entreprise, chiffre d’affaires et transformation du mix énergétique peut se justifier par la complexité de ces solutions, l’effort d’investissement nécessaire et le marché naissant des PPA en France. Ce peut être en effet un frein pour les plus petites structures avec un capital humain et financier moins important. Cependant, il existe aujourd’hui des solutions telles que le tiers financement pour l’installation de panneaux solaires et la mise en place de consortium de petites entreprises pour contractualiser un PPA et s’approvisionner en énergie verte. Avec 8 Corporate PPA signés en France à ce jour et plus de 2,5 GW signés en 2019 en Europe, un déploiement à plus grande échelle de ces contrats gré à gré est attendu.

Le deuxième levier, cité par 27% de l’échantillon, est celui de la mobilité. Beaucoup d’entreprises souhaitent limiter les déplacements professionnels et inciter au télétravail, réduisant ainsi les émissions de CO2. La crise sanitaire a généralisé le télétravail et permis une véritable prise de conscience de ses bénéfices environnementaux. Les TPE et PME privilégient particulièrement ce levier qui ne nécessite pas de grands investissements et dont le retour est immédiat. D’autres industriels disent vouloir plus de contrôle sur leur flotte de véhicules.

L’efficacité énergétique est un levier prioritaire pour 18% des entreprises interrogées. On compte dans ces projets des actions telles que la récupération de chaleur, le renouvellement de groupe froid ainsi que la mise en place d’éclairage LED. Avoir recours à ces alternatives est particulièrement avantageux puisqu’elles permettent de générer des économies à travers la baisse des coûts énergétiques. De plus, les projets liés à l’efficacité énergétique peuvent être mis en place relativement rapidement, ce qui permet un retour sur investissement dans de court délais.

Enfin, une partie des entreprises interrogées souhaitent en priorité structurer leur action de décarbonisation via la mise en place d’un processus de management de l’énergie ou via la réalisation d’audit et diagnostic. En effet, des initiatives telles que la mise en place de la norme ISO 50001 sont intéressantes puisqu’elles requièrent très peu de CAPEX en ces temps de crise et permettent de garder une vraie dynamique pour atteindre ses objectifs de feuille de route CO2 à long terme.

Conclusion

La grande majorité des entreprises interrogées maintiennent leurs ambitions en matière de lutte contre le changement climatique ce qui est positif. 

La pandémie ne devrait donc pas changer la trajectoire de décarbonisation sur le long terme des entreprises malgré des retards ou des projets décalés à court terme. L’ambition est toujours présente et là est bien l’essentiel.

Cependant, devant cette situation inédite, beaucoup des répondants ont estimé qu’il était trop tôt et qu’il y avait trop d’incertitude pour juger de leur capacité sur le long terme à mener tous les projets nécessaires à une décarbonisation de leurs activités, notamment à cause des conséquences économiques de la crise et de son impact sur la capacité d’investissement.

Pour assurer leur pérennité et celle de notre planète face aux enjeux climatiques dans un contexte économique difficile, les entreprises qui réussiront le mieux seront celles qui prendront de la hauteur et réviseront leurs objectifs énergétiques pour agir sur les leviers les plus efficaces et rentables selon leur périmètre d’activité.